Le petit âne stylisé des étiquettes des bouteilles du Mas Conscience est sans aucun doute l'animal totem de Laurent et Geneviève Vidal, les propriétaires.
On n'oubliera vite l'ignorance, l'imposture ou la folie dont bien des peuples ont taxé l'animal pour aller voir du côté de la Bible où il figure la patience, la compréhension des choses, le travail obstiné et la paix, sans compter ce lien avec la matière que symbolisent ses pattes bien ancrées sur terre.
Car c'est bien tout cela qu'on trouve au Mas Conscience. Il y a d'abord ce rapport si fort à la terre natale. Les Vidal, installés à côté du Pic Saint Loup, sont partis de zéro mais ils aiment les défis et puis, un jour, un ami leur montre des vignes sur Saint-Jean-de-Fos, le village de leur enfance.
Tout est dit, ils vendent tout et reviennent au pays. Ici, Laurent pourra faire comme il veut, même si les autres se moquent gentiment de lui et de sa drôle de façon de travailler. Il y a ensuite la compréhension des choses, celle qui commande à Laurent d'aller dans le sens de la vigne et non contre elle.
Laurent opte pour un "style en biodynamie" qui respecte le rythme des saisons et les influences planétaires. Travailler la terre devient un acte naturel où nutriments et pharmacopée végétale prennent tout leur sens. Il y a par conséquent un travail acharné sur chaque parcelle, terrasses alluviales et sols à galets dans la valllée de l'Hérault ou cailloutis calcaires au pied du Massif de la Séranne.
Enfin, il y a cette sérénité des lieux : celle des vignes qui respirent dans une terre souple, aérée et qui sent bon. Puis celle de la cave enterrée, aussi belle que simplissime, taillée en pierre de Vers-Pont du Gard, et fermée par un portail d'acier brut.
Dans la salle de dégustation, un large autel en pierre de lave anthracite accroît le charme et le calme de l'endroit. Il faut voir aussi les petites cuves tronconiques et celles en forme d'oeuf, toutes en béton brut, un matériau et des formes que Laurent trouve en parfaite harmonie avec ses vins.
L'âne de l'étiquette porte sur son dos une poterie, lointain souvenir des habitants de Saint-Jean-de-Fos qui offraient, "selon leur conscience", l'huile d'olive aux moines de Saint-Guilhem-le-Désert et d'Aniane. Chez les Vidal, rien, absolument rien n'est dû au hasard...